lundi 18 avril 2011

LOUIS CALAFERTE

Né le 14 juillet 1928 en Italie, Louis Calaferte passe son enfance aux environs de Lyon. Garçon de courses à treize ans dans une usine de piles électriques puis manœuvre, il part en 1947 à Paris où il entre comme figurant au Théâtre de l'Odéon. Il écrit alors ses premières pièces. L'une d'elles est jouée en avant-première au Théâtre d'Angers, alors qu'il n'a que vingt ans, et lui vaut une ovation du public. Il décide de devenir écrivain à 13 ans et publie, sous l'égide de son « père en littérature » Joseph Kessel, son premier livre "Requiem des innocents"en 1952 chez Julliard. Souvenirs d'enfance où se laissent déjà entendre des accents de révolte. Ce premier livre, qui connaît un vif succès, est bientôt suivi de Partage des vivants en 1953. Ces deux œuvres de jeunesse seront sévèrement désavouées par l'écrivain vingt-cinq ans plus tard. En 1956, il s'installe à Mornant dans les monts du Lyonnais et y écrit Septentrion, ouvrage taxé de pornographie qui fut censuré, interdit à la vente et réédité seulement vingt ans plus tard, grâce à Gérard Bourgadier, chez Denoël. Dans ce récit à l'érotisme flamboyant, largement autobiographique, Calaferte relate, à la première personne, les errances d'un apprenti écrivain, ses premières lectures clandestines au cours de son travail d'ouvrier (il se réfugie encore enfant dans les toilettes de l'usine pour y lire avec passion) et ses rencontres avec les femmes, dont la plus importante dans le récit est sans conteste l'hollandaise Nora, figure de l'émancipation féminine et de la réussite sociale. Ce livre subversif est un hymne au désir créateur et à la liberté de l'artiste, dans un contexte social à la fois rigide et fluctuant, celui de l'après-guerre. Calaferte continue de publier régulièrement des recueils de poésies et des récits à l'atmosphère intimiste et sensualiste, parfois onirique et étrange, souvent liés au monde de l'enfance. Ecrivain mal connu, ignoré de ses pairs, il est pourtant l’auteur d’une œuvre majeure comprenant des récits, des poèmes, des nouvelles, des essais, des carnets et des pièces de théâtre. Il reçoit le prix Ibsen en 1978 et en 1992, le grand prix national des lettres.
Sa rencontre avec la littérature tient de "la collision frontale sur autoroute".
"Je m’enfouissais sous le texte, comme une taupe…J’ai aimé les écrivains. Tous les écrivains. D’un amour de béatitude."
Ses auteurs pairs se nomment Kafka, Musil, Canetti, Rilke, Léautaud, Joubert. La langue, toujours travaillée au corps pour que chaque mot dégorge tout son sens, condense, infuse, puis mitraille, implose. La force irradiante de Calaferte aux colères légendaires, cette voix libertaire aussi intransigeante que généreuse n’a plus guère d’équivalent.
Les trois grandes affaires de son existence ont été Dieu, l’esthétisme et les femmes. Ces dernières auxiliaires de la mort dans leur implacable mécanique, se signalent par un déchaînement d’oralité, de gloutonnerie. L’amour reste une affaire de famine.
Calaferte a été, peut-être, le dernier franc-tireur anarchiste mystique – une catégorie (peu répandue) de notre population créatrice. Il s’inspirait à la fois de la philosophie libertaire et des méditations d’Angèle de Foligno, cette demoiselle du XIIIe siècle
que Joris-Karl Huysmans avait dépeinte comme la plus amoureuse des saintes.(Cityvox)

Dramaturge prolifique, il exploite dans ses pièces le thème de la relation familiale, en usant d'une tonalité drôlatique et inquiétante. Selon le metteur en scène Patrick Pelloquet "les personnages de Louis Calaferte sont davantage des stéréotypes de comportements que des personnages au sens restrictif du terme", évoluant dans un décor en huit-clos.
Calaferte trouve un emploi à la radio de Lyon à partir de 1974 et à l'O.R.T.F. Il passe les dernières années de sa vie (1985-1994) près de Dijon, dans le village de Blaisy-Bas, avec son épouse, et ses animaux de compagnie auxquels il voue une profonde affection. Il compte parmi ses amis les plus proches l'écrivain George Piroué, le peintre Truphémus, ou encore le metteur en scène Jean-Pierre Miquel. Ses carnets nous offrent le témoignage unique de la vie d'un écrivain volontairement en marge, en même temps que celui d'un créateur en proie à l'angoisse et à la maladie, adorateur de Dieu, des femmes et de la nature. Ils nous renseignent également sur l'autre facette artistique de l'écrivain, passionné de peinture, et sur ses goûts littéraires, qui vont de Stendhal, Léautaud et Jouhandeau, aux moralistes français et à Kafka. La mécanique des femmes (1992), petit livre inclassable qu'il publia moins de deux ans avant sa mort, fut porté à l'écran en 2000 par Jérôme de Missolz et reçut un accueil très mitigé.
Homme de réflexion, réservé et secret, Louis Calaferte a construit une œuvre forte et personnelle. Il fut un poète vigoureux et sensible, à l'écriture précise et passionnée, violente et sans concessions. C'est surtout l'œuvre d'un mystique laïque, qui vécut intensément sa foi dans le siècle.
Louis Calaferte est décédé le 2 mai 1994 à Dijon. Son épouse Guillemette continue d'éditer les volumes restés inédits de son journal.

“ L'homme est une saloperie.” Louis Calaferte ne reviendra jamais sur ce jugement. La connaissance, alors même qu'il est encore au fond du gouffre, lui apparaît comme la seule issue de secours possible.

Enfant au tablier jaune-1973

Un soir dans la rue- 1989

TEXTE EXTRAIT DE "EBAUCHE D'UN AUTOPORTRAIT" aux éditions Denoël (1983)
                      
                        UN ELAN VITAL

Si seulement tu réussissais à te lever en même temps que ta famille, par exemple lorsque dans la chambre à côté tu entends remuer ton frère et, à l'autre bout de l'appartement, le bruit métallique des volets que ta mère ouvre chaque matin en chantonnant (comment se peut-il qu'à son âge, avec ses infirmités, elle trouve encore le courage, ait le goût de chantonner en sautant du lit, alors que moi qui suit bien portant n'éprouve qu'un écoeurement lassé à la pensée d'une nouvelle journée à supporter?), si seulement tu obtenais de toi ce petit acte de volonté qui consisterait à ouvrir les yeux au lieu de te confiner dans un simulacre de somnolence, si tu prenais la résolution de rejeter d'un coup les couvertures, de bondir jusqu'à la salle de bain, de t'asperger le visage d'eau froide, de faire quelques mouvements d'assouplissement afin d'éliminer de tes membres les restes de cette glu du sommeil, d'entrechoquer les objets, de fermer les portes sans ménagement, comme ils font tous dès qu'ils sont debout, d'échanger avec eux d'invariables considérations météorologiques, de t'habiller sans lambiner après la toilette et d'aller t'asseoir dans la salle à manger en te frottant les mains de contentement à la perspective du copieux petit déjeuner que tu prendras avec appétit; si seulement, quitte à le provoquer par un artifice, s'esquissait en toi un peu de bonheur de vivre qui anime les autres, ne crois-tu pas qu'il en irait tout différemment et que, dès lors, tu serais aussi capable que n'importe qui, que ton frère même, de venir à bout de ces quelques projets, en réalité peu ambitieux, que depuis des années tu ressasses la journée durant au fond de ton lit?

Danseurs de charleston-1989
Jeune danseur hindou-1989

Quelques pensées extraites de ses différentes oeuvres:
"Notre erreur la plus coûteuse en tant qu'hommes ordinaires est de nous complaire dans un sentiment d'immortalité. C'est comme si nous estimions que de ne pas penser à la mort, nous en protège."
"Tout le problème est de s'arranger avec ce que l'on est."
"Vivre est un acte désespérant."

Dictionnaire


Planche timbres par Vincent Rougier (graveur,éditeur) à partir d'une peinture de Louis Calaferte


Interview de l'écrivain Louis CALAFERTE dans la fameuse brasserie Georges à Lyon : il évoque son goût de vivre en retrait par rapport au monde, loin de Paris, à Lyon, parce qu'il y à ses habitudes et présente sa famille littéraire : STENDHAL, MONTESQUIEU, Joubert. Il parle de son ami le peintre TRUPHEMUS dont on visite l'atelier.

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