jeudi 19 mai 2011

SERAPHINE DE SENLIS


SERAPHINE DE SENLIS, LA FEMME QUI PARLE AUX ARBRES, AUX ANGES, ET A LA SAINTE VIERGE
Séraphine a vu le jour la même année que Camille Claudel. Tout comme elle, ses dernières années furent vécues dans un asile psychiatrique, où elle décèdera, à 78 ans, le 11 décembre 1942, dans l'annexe de l'hôpital à Villers-sous-Erquery, dans le dénuement et les dures conditions des asiles sous l'occupation allemande, assommée par des doses massives de tranquillisants et les privations de nourriture. Elle fut inhumée dans une fosse commune.

Séraphine Louis est née à Arsy le 3 septembre 1864. Son père est horloger et sa mère fait des ménages. Elle perd sa mère le jour de son premier anniversaire, et son père, remarié, meurt alors qu'elle n'a pas tout à fait sept ans. Elle est alors recueillie par sa sœur aînée. Tout enfant, elle commence à dessiner sur des pages de cahier, des morceaux de carton. A 18 ans, elle entre chez les sœurs de  Saint Joseph. Elle y restera vingt ans. Elle ne fut jamais religieuse et ne prononça point de voeux. Durant  ces années, de 1882 à 1900, Séraphine s'occupe essentiellement de travaux de ménage. Ce sont des années d'une vie cachée, laborieuse et méditative.

Mais en 1902, Séraphine quitte le couvent et travaille comme femme de ménage dans les familles bourgeoises de Senlis. A 42 ans, elle se retrouve enfin indépendante, ayant un tout petit logement d'une pièce pour elle seule, meublé avec une extrême pauvreté. Alors qu'elle se trouve dans la cathédrale, son "bon ange" lui apparaît et lui ordonne: "Séraphine, écoute-moi. Il faut te mettre au dessin." Mais Séraphine ne connaît rien de cet art. Alors, elle s'exerce toute seule, sans maître, et bientôt elle achète quelques tubes, un pinceau, et se met à l'aquarelle. Peignant à la bougie dans un grand isolement, elle accomplit une œuvre considérable. En 1912, Séraphine, qui depuis plusieurs années s'est mise à peindre les objets les plus divers (petits pots de terre, assiettes, boîtes de carton, statuettes religieuses, chaises, tables, etc.), rencontre le collectionneur d'art, Wilhelm Uhde, installé à Senlis, amateur d’art, ami de Kahnweiler, découvreur de Picasso et du Douanier Rousseau, érudit raffiné chez qui, miracle du hasard, Séraphine Louis fut chargée de faire le ménage, deux ans avant la Grande Guerre. Il découvre ses peintures et lui apporte son soutien. Il va protéger, encourager Séraphine qui, plus que jamais, enfermée dans sa petite chambre, travaille inlassablement.

Elle peint jour et nuit ses "Arbres de Paradis". Wilheim Uhde disait d'elle: "Séraphine savait très exactement pourquoi et comment elle avait peint telle chose de telle couleur, disposé tel élément de telle façon, établi telle harmonie." Uhde l'emmenait en pique-nique en forêt et le spectacle de la nature, des oiseaux et des fleurs l'enivrait. Elle s'adressait directement aux puissances qui l'environnaient: "A tous ces êtres, autour d'elle, elle tenait de longs discours ravissants et je ne me lassais pas de l'écouter" disait Anne-Marie Uhde. Mais Wilheim Uhde est obligé de quitter la France en août 1914, et il ne reprend contact avec Séraphine qu'en 1927, à l'occasion d'une exposition locale à Senlis. Son aide, alors, permet à Séraphine de peindre de grandes toiles de deux mètres de hauteur. En 1929, Uhde organise une exposition "Les peintres du Cœur sacré", qui permet à Séraphine d'accéder à une certaine prospérité financière qu'elle dilapide au fur et à mesure. Or, à partir de 1930, Uhde cesse d'acheter ses peintures à cause de la Grande Dépression, ce qui la perturbe gravement. Le 31 janvier 1932, elle va déposer la plus grande partie des objets qui se trouvent dans sa chambre devant le kiosque à musique qui orne la grande promenade de Senlis. Pour Séraphine cet acte constitue une rupture. Elle sombre dans la folie, et on l'interne pour « psychose chronique » le 31 janvier 1932 à  l'hôpital psychiatrique de Clermont où elle restera dix ans, sans jamais vouloir reprendre les pinceaux. Elle disait: "Tout est terminé maintenant." Pendant ce temps, ses oeuvres étaient exposées à Paris, suscitant l'admiration et l'étonnement.


Sa technique toute particulière, consistait en l'utilisation de peinture Ripolin qu'elle mélangeait avec de l'huile d'éclairage volée dans les églises, de la terre de cimetière, et de son sang provenant de blessures qu'elle se faisait pour donner plus de vie à ses tableaux. En ce qui concerne les pigments et les couleurs, elle n'a jamais dévoilé son modus operandi. Ce qui est tout à fait extraordinaire, c'est que sa matière picturale tient remarquablement bien et ne pose que peu de soucis de conservation. Ses peintures ont un aspect mat, presque ciré. Parfois, la signature est gravée au couteau, révélant une sous-couche de couleur contrastée. Il semble qu'elle signait ses peintures avant de les peindre. On peut remarquer que les peintures comportent presque toutes, dans le quart inférieur, une bande ou une zone qui est manifestement d'un autre ordre que le reste de l'image : les fruits et fleurs continuent à s'épanouir dans cette région particulière de la peinture, mais d'autres éléments (herbes, feuilles plus sombres que dans le reste du tableau) invitent à imaginer cet espace spécifique comme une sorte de sous-bassement, de souterrain où tout s'enracine, de monde d'en-bas. Le besoin irrépressible de création fait de Séraphine, pour reprendre les termes de Bertrand Lorquin, conservateur du musée Maillol, une artiste dévorée par « cette fameuse nécessité intérieure dont parlait Kandinsky ».


"Qui se souvient encore de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis née au village d'Arcy, dans l'Oise le 2 septembre 1864 et morte le 11 décembre 1942, à l'asile psychiatrique de Clermont-de-l'Oise, puis enterrée à la fosse commune ? Qui se souvient de cette vie cachée, de ce destin prodigieux qui fit d'une humble femme de ménage, un des plus stupéfiants peintres hallucinés du XXe siècle, rarement exposée aux cimaises des plus grands musées du monde qui pourtant la conservent dans leurs réserves ?
Par quel étrange destin, est-elle rayée du monde, oubliée des histoires de l'art, comme si le passage par la démence avait tout brûlé derrière elle, ou bien comme si l'exposition de ses tableaux risquait de provoquer un incendie ? Que dire de ses délires qu'elle a retranscrits dans sa solitude d'internée, de son silence obstiné à l'égard des autres malades, de son refus de peindre, à jamais ? Que penser de cette peinture incomparable, complètement inédite, venue de quelles secrètes contrées d'âme, remontées de quels gouffres obscurs ? Quelles forces l'ont conduite pour réaliser ces vastes compositions florales et à qui étaient-elles dédiées ? Que serait-elle devenue si elle n'avait rencontré un jour un des plus fameux esthète de son siècle, Wilhelm Uhde, qui la guida et la protégea jusqu'à ce que la folie s'emparât d'elle ? Que seraient devenus ces petits tableaux qu'elle exécutait et échangeait contre de la nourriture ? Auraient-ils connu le même destin que ceux qu'elle composa plus tard, vastes et puissants, pourchassés au nom de l'art dégénéré, par les nazis ? Quelle tendresse et quels émerveillements se cachent derrière ce visage fruste et rustique ? Quel est le secret de ces mains, lourdes et épaisses, qui ont tant ciré de parquets et frotté de linge dans les lavoirs glacés, capables cependant d'inventer de telles fleurs ? Quels appels confie-t-elle à ses bouquets ? Que veut-elle nous dire, elle qui ne sait pas bien s'exprimer ? Et si la folie de Séraphine, qui l'a plongée dans la nuit la plus totale, dans l'absence du jugement, avait été le passage obligé à l'avènement de ses chefs-d'œuvre ? Et s'il avait fallu traverser tant de douleurs pour atteindre au secret ? "
Alain Vircondelet
Séraphine de la peinture à la folie
Albin Michel








lundi 16 mai 2011

Victor Brauner


"Ma peinture est autobiographique, elle raconte ma vie. Et ma vie est exemplaire car universelle." Victor Brauner
 Peintre des prémonitions, Victor Brauner crée des images insolites et des figures chimériques. Il emprunte aux arts primitifs et aux sciences occultes pour exprimer des archétypes universels.
Victor Brauner est né le 15 juin 1903 à Piatra Neamt en Roumanie. Peintre dadaïste puis surréaliste qui a fait partie de l'importante communauté d'artistes et intellectuels roumains de Paris avec Constantin Brâncusi, Emil Cioran, Mircea Eliade, Eugène Ionesco, Isidore Isou, Panaït Istrati et Tristan Tzara.
Sa jeunesse est marquée par deux faits importants : d'une part, la révolte en Moldavie et les séances de spiritisme de son père auxquelles il assiste en secret, et, d’autre part, le souvenir laissé par l’étrange excitation provoquée par le passage de la comète de Halley en 1911, qui, pour beaucoup, annonçait la fin du monde. La famille Brauner s’installe pendant quelques temps à Hambourg, puis à Vienne en 1912 et revient à Bucarest en 1914.
 Victor Brauner commence à peindre en 1917, alors qu'il fréquente l'école évangélique de Braïla et se passionne pour la zoologie. Il étudie à l'école des Beaux-Arts de Bucarest de 1919 à 1921. Ses travaux, jugés scandaleux, le font rapidement exclure. En octobre 1924, il expose ses œuvres et édite, avec Ilarie Voronca, une revue Dada "75 H.P." (un seul numéro) dans laquelle il écrit le manifeste de la "picto-poésie". Ni tout à fait peinture, ni tout à fait poésie, la "picto-poésie" juxtapose des formes géométriques différenciées selon la couleur et la touche du pinceau, où s'inscrivent des lettres tracées à la main ou au pochoir, formant dans l'esprit à la fois futuriste, dadaïste et constructiviste, un vocabulaire dont la signification ne prend sens que par leur inscription sur la toile et soulignent l'expression dynamique de l'image. Un premier voyage à Paris, en 1925, lui fait découvrir Giorgio De Chirico et les surréalistes.  Il s'installe à Paris en 1930 où il est accueilli par son compatriote et ami Constantin Brancusi. Proche de Giacometti et Tanguy, Brauner adhère officiellement au groupe des Surréalistes en 1932. Il commence une série de tableaux autour du symbole de l'œil énucléé "Salomé". Son autoportrait "Autoportrait 1931" est-il la prémonition de la perte de son œil sept ans plus tard ? En 1933, Yves Tanguy le présente à André Breton qui l'aide à organiser une exposition individuelle à Paris. puis Brauner rencontre René Char.

En 1934 a lieu sa première exposition parisienne à la galerie Pierre. André Breton préface le catalogue : « Le désir et la peur président par excellence au jeu qu'il mène avec nous, dans le cercle visuel très inquiétant où l'apparition lutte crépusculairement avec l'apparence. » Après un retour à Bucarest, en 1935, il revient à Paris en 1938 et partage l'appartement d'Yves Tanguy. Il rencontre Jacqueline Abraham qu'il épousera en 1946. Sept ans plus tard donc, dans la nuit du 27 au 28 août 1938, lors d’un chahut entre Oscar Dominguez et Esteban Francés, il est atteint en plein visage par un verre qui le prive définitivement de son œil gauche. Cette perte ne laisse pas uniquement des traces physiques chez l’artiste. Brauner se retire et traduit cette expérience vécue dans son œuvre. Désormais, les œuvres de Victor Brauner représentent souvent le motif d’un seul œil surdimensionné et fixe.  Jusqu'à la déclaration de guerre de septembre 1939, le peintre traverse une période dite des « Chimères ».

Après la défaite de juin 1940 et l'occupation partielle de la France par l'armée allemande, Victor Brauner se réfugie dans la famille du poète Robert Rius, dont il vient d'illustrer le recueil "Frappe de l'Echo" à Perpignan. Il loge à Canet-plage. En novembre, il est à la villa Air-Bel à Marseille, avec d'autres artistes comme André Breton, Max Ernst, Wifredo Lam, et le militant révolutionnaire Victor Serge, dans l'espoir d'obtenir un visa pour quitter le pays et échapper à la répression. Son attente étant vaine, il est alors caché en Provence par René Char. La précarité de sa vie le contraint à s'adapter et à utiliser le peu de matériau dont il dispose. Ainsi, il peint à la cire, matière à qui il donne une valeur alchimique, voire ésotérique "Espaces psychologiques", "La Ville", "Devenir non devenant" (1943), "Analogie animale" (1945), "Triomphe du doute", "Motan de Lune" (1946). En 1947, il participe à l'Exposition internationale surréaliste, à la galerie Maeght et présente son être-objet le "Loup-table". Après cette exposition, il quitte le groupe surréaliste. Sa peinture s'assombrit jusqu'à devenir presque monochrome tandis que les titres de ses œuvres renouent avec l'humour Dada : "Orgospoutnique", "Autonoma", "Aeroplapla", "Poisson à roulettes". Malade et inquiet du sort des Roumains illégaux en France, Brauner ira à Zurich puis à Ronco. En 1965, Brauner représente la France à la Biennale de Venise.
Il décède à 63 ans, le 12 mars 1966 à Paris, des suites d'une longue maladie. Inhumé au cimetière de Montmartre, sur sa tombe est inscrit en épitaphe une phrase extraite de ses carnets : « Peindre c'est la vie, la vraie vie, ma vie ».

The Fisherman, 1957
Arc-en-ciel, 1943
Aube and André Breton, Peggy Guggenheim,  Victor Brauner, Marseille, 1941
André Breton et Victor Brauner








Rencontre avec moi-même aux quatre chats du monde, 1948

Conciliation extrême, 1941
Exposition Internationale du Surréalisme, Paris 1947, Victor Brauner, devant un tableau de Miró, présente sa sculpture le Loup-table (1939-1947)
Elevation (1939)
Mitsi 1939
Triomphe du doute, 1942
Fascination, 1939
Héron d’Alexandrie, 1939
La fiancée de la nuit, 1937
Chimera, 1939

dimanche 15 mai 2011

XAVIER COTTON (FULMEN COTTON)

FULMEN COTTON
D’un cas d’école à l’archéologie du sinthome par Fabienne Hulak
Fulmen Cotton fou historique
Plus connu dans la littérature psychiatrique sous le nom de Fulmen Cotton, ou encore de « peintre adamique », il est à l’heure actuelle classé dans la catégorie de ce qu’il est convenu d’appeler les fous littéraires mais il l’est aussi dans celle des auteurs d’Art Brut.
Il présente l’intéressante particularité, en dehors de sa très abondante production, d’avoir été examiné par les aliénistes les plus renommés de l’époque : Campagne, Lasègue, Legrand du Saulle, Magnan, Ball, Marie, et mentionné à titre de « cas clinique » dans les travaux de Régnard, Lombroso, Séglas, Laurent, Rogues de Fursac, Réjà, Vinchon etc…
Cotton de son vivant n’a pas été reconnu, ainsi qu’il l’avait souhaité comme un écrivain fameux, un artiste génial ou un homme politique de grande stature. Il est par contre, devenu un fou célèbre et du fait des « vives polémiques » qu’il a suscitées dans les cercles de la psychiatrie, il est même en quelque sorte devenu, comme le souligne le Docteur Magnan, un fou historique.
La biographie de Cotton nous est superficiellement connue  grâce aux Docteurs Campagne, Marie, Ball et à l’histoire de Bicêtre écrite par Bru qui, en ce qui concerne Cotton, s’appuie sur le rapport médical fait en 1866 par le docteur Lasègue.


Cotton est né en 1826 dans une famille d’artisans du Vaucluse que le docteur Marie traite, sans doute avec une certaine exagération, de famille d’aliénés. Grâce au curé du village, il est doté d’une instruction qui l’amènera au séminaire et à la prêtrise. D’après le Docteur Ball, il aurait eu depuis l’âge de huit ans (sa communion) « une idée fixe », celle de devenir pape : mais c’est aux environs de trente-trois ans que les premiers signes de la maladie se seraient manifestés. Du fait de son intolérance, de son impatience, de sa causticité, il est expédié par la hiérarchie catholique dans une paroisse déshéritée. Vivant pauvrement, travaillant beaucoup, se jugeant alors particulièrement brimé, gravement frustré dans son orgueil, il est alors amené à se conduire pour le moins « bizarrement ».


En 1860, après divers incidents dont certains ne nous sont pas connus, Cotton est suspendu de ses fonctions et interné. Revêtu de ses habits sacerdotaux, il avait en effet, en dernier lieu, provoqué un esclandre en voulant, disait-il, rendre un culte public à son père, il avait dansé, hurlé, et s’était couché sur la tombe pour honorer les restes qu’elle renfermait.




L’internement provoque la première rencontre de Xavier Cotton et du docteur Campagne à l’asile de Montdevergues, près d’Avignon. C’est là que comme le dit Cotton lui-même, il obtient son « brevet de folie ». Campagne parle de Cotton à l’asile comme d’un fauteur de troubles. La relation ne semble pas bonne entre les deux hommes. En effet, pendant les quelques quarante années qui suivront, les autres médecins en parleront comme d’un malade plutôt calme et lucide, ses idées fixes et délirantes mises à part ; d’ailleurs les périodes d’internement alternent avec de longues périodes de liberté.



Cotton aura des préoccupations politiques et une constante volonté à se faire élire député. Il aura également l’objectif d’être pape.
Très actif, Cotton est aussi un auteur fécond. Il écrit donc beaucoup mais il dessine également beaucoup. Il signe ses diverses œuvres avec le prénom Fulmen qu’il a peut-être adopté par analogie avec le fulmicoton (cordon détonnant) et en référence au mot latin tonnerre.
Le docteur Bru a noté que Cotton était un dessinateur d’une grande habileté, mais il s’est davantage intéressé à sa production écrite et à sa phraséologie. Cotton a écrit de nombreuses lettres, protestant contre tous et tout le monde, ce qui lui a valu d’être interné à Bicêtre de 1866 à 1870.
Homme de lettres, peintre, politicien, pape, Cotton est donc un homme haut en couleurs.
Après 1889, on perd sa trace jusqu’à son autopsie en 1906.
Issu de « La mesure des irréguliers », symptôme et création,
Sous la direction de Fabienne Hulak
Aux éditions « Z’éditions- 1990

samedi 14 mai 2011

VALENTINE HUGO



Valentine Hugo, née Valentine Marie Augustine Gross, est une peintre française, née à Capécure, près de Boulogne-sur-Mer, le 16 mars 1887 et morte à Paris en 1968.
De 1907 à 1910, Valentine Gross étudie aux Beaux-Arts à Paris et plus tard, après 1920, fréquente le groupe des Six dont notamment Georges Auric et, également, les écrivains Jean Cocteau et Raymond Radiguet avec qui elle passe des vacances en 1921 et 1923 au Piquey, près d'Arcachon. En 1913, elle note et dessine, d'après Vaslav Nijinski, les costumes et la chorégraphie du Sacre du printemps. En 1919, elle épouse le peintre Jean Hugo et collabore avec lui pour les costumes des spectacles de Jean Cocteau "Les Mariés de la Tour Eiffel" (1921) et "Roméo et Juliette" (1924). Elle s'en sépare quelques années plus tard après sa rencontre avec les surréalistes vers 1926. Elle étudie alors la gravure. En 1929, elle a une liaison avec Paul Éluard que Gala vient de quitter, puis, en 1930, avec André Breton. Jusqu’en 1937, elle peint le portrait de plusieurs surréalistes et illustre les œuvres de René Char, René Crevel, Éluard, mais également Lautréamont et surtout la réédition des "Contes bizarres" d’Achim von Arnim dont Breton écrit la préface. Elle participe au Salon des Surindépendants, à Paris (1933) et à l’exposition Fantastic art, Dada, Surrealism au Museum of Modern Art de New York (1936). Affectée par le suicide de René Crevel (1935) et par les départs de Char, Tristan Tzara et Paul Éluard, Valentine Hugo quitte le groupe à son tour et se détourne du surréalisme. En 1942, elle retrouve Paul Éluard pour La Conquête du monde par l'image. Elle termine sa vie seule et dans la gêne. En 1977, le Centre culturel de Champagne, à Troyes (Aube), lui consacre la première rétrospective monographique jamais organisée en France. (source Wilkipédia)




Extrait de « Les femmes dans le mouvement surréaliste » de Whitney Chadwick aux éditions « Chêne » 1985
… Les relations entre les surréalistes et le cercle mondain rassemblé autour de Cocteau allaient devenir de plus en plus tendues à la fin des années vingt. Quand Valentine Hugo, l’une des meilleures amies de Cocteau et « la seule femme dont la beauté et l’amabilité lui avaient fait regretter son homosexualité », devint la compagne de Paul Eluard, après le naufrage de son mariage avec Gala en 1929, la querelle repartit de plus belle. Une année plus tard, Breton et Valentine Hugo devenaient amants.  … Valentine Hugo fut la première femme à entrer dans l’orbite surréaliste avec une réputation d’artiste déjà établie. Elle avait été la femme de Jean Hugo, le petit-fils de Victor Hugo, jusqu’en 1929. Elle avait travaillé avec lui à la réalisation de décors et de costumes pour des spectacles de ballet dans les années vingt, et en particulier pour « Les mariés de la Tour Eiffel » de Cocteau en 1921. L’année suivante, elle avait illustré de vingt-cinq gravures sur bois une édition de « Roméo et Juliette ». Elle avait aussi fait, en lithographie, des portraits d’Erik Satie, de Picasso, de Valéry, de Misia Sert, de Georges Auric et de l’actrice Falconetti, qui avait joué dans le film de Carl Dreyer, « La Passion de Jeanne d’Arc », auquel Valentine Hugo avait également collaboré. Valentine Hugo était très connue dans les cercles littéraires parisiens, avant de rencontrer les surréalistes. « Elle était fascinante, se rappelle Lise Deharme, ni belle, ni jeune (elle avait trente-trois ans lorsqu’elle rencontra Breton), mais avec une sorte de charme très particulier. » Elle s’habillait de foulards et de mousseline flottante ; elle avait un port saisissant et un long cou mince dont elle était très fière. Elle possédait une collection unique de manuscrits dont beaucoup d’auteurs surréalistes, qu’elle gardait dans un secrétaire ayant jadis appartenu à Victor Hugo. André Thirion se souvient d’elle comme d’un être « adorable, intelligent… d’une douceur inépuisable ». 



… Plus tard, vers la fin de sa vie, Valentine Hugo se rappelait la souffrance et le désespoir qui suivirent sa séparation d’avec Jean Hugo et leur collaboration artistique qui l’avait tant aidée dans son travail pendant les années vingt. « Paul Eluard et André Breton, que j’ai admiré dans leurs œuvres depuis toujours et pour toujours, m’ont sauvée du désespoir dès 1930, époque la plus sombre de ma vie… Grâce à eux, je me suis remise au travail ; leur affection, leur admiration et leurs encouragements m’ont redonné confiance en moi. » Eluard lui dédia « L’heure exacte » et écrivit le texte. « Un droit de regard enfin sur le poème », comme préface à l’édition des « Poètes de sept ans » qu’elle illustra en 1939. Elle réalisa « Les Constellations » (1932/1948) en hommage aux quatre poètes (Breton, Eluard, Tzara, Crevel) qu’elle considérait comme les étoiles les plus brillantes du ciel littéraire des années 1920/1930.



Valentine Hugo alla jusqu’au bout de son mythe personnel de l’amour. Passionnément amoureuse de Breton au début des années trente, elle copia son goût pour certains objets, et parsema ses œuvres de ces années-là de références hermétiques au poète. Elle illustra une réédition des « Contes bizarres » d’Achim von Arnim, publiée en 1933 avec une introduction de Breton, et y inclut plusieurs images déguisées de leurs relations intimes. Dans le dessin qu’elle fit pour la couverture, elle fait apparaître André Breton dans le ciel, tel un archange, pointant une épée flamboyante vers la bouche d’une femme en extase (certainement une représentation d’elle-même), qui se pâme sur un lit. Le charme et la grâce de Valentine Hugo, son amour non dissimulé pour Breton ne furent cependant pas suffisants pour que celui-ci voie en elle la femme surréaliste idéale dont l’image alimentait son imagination. Il lui répondit avec une grande courtoisie et avec la réserve de quelqu’un qui ne sent pas profondément engagé. Déjà plus âgée de quelques années que les autres compagnes des surréalistes, elle ne pouvait certes pas jouer le rôle de la « femme-enfant », que, de plus en plus, Breton recherchait avec toute son énergie poétique.


Lise Deharme par Valentine Hugo
                                           cadavre exquis d'André Breton et Valentine Hugo
Paul Éluard and Valentine Hugo, 1935 - par Man Ray


lundi 9 mai 2011

JACEK YERKA

 BY HIMSELF ... http://www.yerkaland.com/


I was born in Torun (city in Nothern Poland) in 1952. My parents were students of local Fine Arts Academy. Thus I came to world with special heritage, even in double . My earliest memories refer to the smell of paints, inks, paper, rubbers and brushes.
In my artistic family, it was my father who was resposible for ideas, while my mother was perfect in working them. Fortunately I inherited bright features after both of my parents, at least in the field of art.
The most important person during my childchood was my father's mom - Wanda. For all my life I have been calling her GrandMa. I spent my best childhood moments playing in her flat or walking together in the woods. She was angel-hearted and never spoke to me with loud voice..
As overreactive kid, I had some social problems with my colleagues of the same age. I hated playing outdoor. I used to sit down with a pencil and immerge into my own , different reality. I did not paint a lot that time, but I loved to draw and sculpture. My fingers were always cut with sharp small knife I always was carrying with me and used to sharpen my pencils.

It was my escape from the grey, sometimes horryfying reality - drawings, hundreds of drawings and small sculptures: boats, heads, figures, fantastic masks.
I survived the nightmare of the primary school - mostly thanks to my teachers, who allowed me to sculpture during the lessons. They checked before , that in spite of my busy hands, I was able to listen to them and follow the lectures. In the high school , however, I became untouchable since I have made ballpen nice protraits of the biggest rougues.

I did not wanted to be artist like my parents were. I thought about astronomy or medicine faculty.It was only one year before my final exam when , for the first time , I took paints to my hands and attacked the mysterious world of colours.
Before I have been admitted to the Academy, I had already tried in practice all contemporary currents in painting from impressionism to abstract. I was fascinated by Cezanne for a while, I made a pile of waterpaints of Paul Klee style, and on the first year of the Academy I realized that the thing that fascinated and still inspired me the most was XV century Dutch tablet paintings. It was my "Sevres" pattern , to which I have been comparing my works for years.

Certainly , at the Academy, I have been persuaded to paint in different ways - that resulted in minor notes in painting classes. I chose the graphics as specialization. My professor said, after first our meetings, that even though he did not agree to my way of creation, he appreciated my efforts - so he let me do my way. I was left in peace , and used to create my dreamy visions in copperplate techniques, with precise and style of Durer.
During my studies at Academy, my life was split to two layers. During the day , it was common student work - tests, projects, lectures and during the evening a couple hours of work at a painting that was shown only to my family and friends.

Posters - it is a different part of my life. Just by accident , when being on the second year at the Academy, I was discovered as a very talented poster maker. This ability to create the clear and interesting message , accompanied by perfect technique resulted in many successes on the international and local poster exhibitions.
For the prize for my first poster (in 1972) I bought all albums of Durer and Bosh that were that time vailable in Poland . After the one of the last (Ist prize in Milano in 1980) I was able to afford for a flat and good car. Unril 1980, I was earning my living from various poster works orders or poster competition prizes , but the evenings and all my free moments were devoted to painting my dreams or childhood memories.
Since 1980 I cooperated with several galleries in Warsaw, and also were doing commissioned works. I devoted myself almost exclusively to painting. Since 1996 I started doing pastels.
In mid 1990 a proposition from Hollywood has revived my monotonuous life consisting of painting pictures one by one.The producer Renee Daalder acquired rights to 50 The Beatles songs, and after having discovered my works, he had idea to join both in a science fiction film entitled "Strawberry Fields".
I participated in the first stage of the production, designing figures, monster-machines and unreal landscapes. Some of my works like Creation of life or Technobeach or Broken picnic have been created upon the work at this project.
My greatest source of inspiration is always (and I bet will be) my childhood souvenirs - that places, remembered feelings, fragrances and technique of 1950s . You can see it in : Between Heaven and Hell, Attack at dawn, Summer in the city, Paradise in the yard or Halloween.
Other group of my works is inspired by dreams: New Age Manhattan, Metropolis, Sonnet, Strawberry tree, Cathedral, Swimming lesson. My often trips and stays at Polish countryside also became inspiring and resulted in a series of "rustical" themes - Amok harvest, Space barn, Express package, Jalousie, Full bowl.





A visiter: http://www.arcane-17.com/pages/decouvertes/jacek-yerka.html