dimanche 11 mars 2012

Bernard Réquichot


Bernard Réquichot est un peintre français, né le 10 octobre 1929 à Asnières sur Vègre (Sarthe), dans la maison familiale  Saint-Gilles où il habite jusqu’à ses 5 ans. Son père y est exploitant agricole.
De 1934-1947, la famille Réquichot s’installe à Corbeil, dans la banlieue parisienne. Le père de Bernard est agent d’assurances jusqu’en 1959. La maison de Saint-Gilles est louée, Réquichot passera alors ses vacances chez  ses grands-parents maternels  en Aveyron et ses grands-parents paternels en Bourgogne.
En 1941, Réquichot commence à peindre. Il peint une série de tableaux d’inspiration religieuse, où domine le thème christique.
Il est externe ou pensionnaire dans diverses institutions religieuses jusqu’en 1945.
Entre 1945 et 1947, il entre à l’école des Métiers d'art, rue de Fürstenberg, puis à l’Atelier Corlin, également à Paris.
La famille Réquichot reprend possession de la maison de Saint-Gilles comme maison de campagne. Ce lieu sera plus qu’un refuge, un lieu de résonance intime, et c’est des champs avoisinants que surgira un jour le premier reliquaire.

De 1947 à 1951, il fréquente divers ateliers libres, l'école dite, à l'époque, des «métiers d’art », l’Académie Charpentier en 1947 et 1948, où il rencontre le jeune peintre Jean Criton, les Métiers d’Art en 1949, et les Beaux-Arts en 1950 où il suit pendant deux ans des cours de gravure. Il y est reçu second au concours d'entrée. En même temps, il rédigea le Cahier orange et le Cahier vert (1953-1958), notes et réflexions qui seront publiées, en partie après sa mort, dans l'Arc et dans la N.R.F.  Influencé par sa rencontre avec Jacques Villon, il réalise ses premières œuvres d'inspiration cubiste.
Guerre des nerfs

 Il allait aussi, régulièrement à la Grande Chaumière pour dessiner, et il y rencontra Daniel Cordier en 1951.
Réquichot peint la série des grosses bonnes femmes et réalise des dessins au crayon gras et au fusain (nus, drapés, chaussures, crânes, volailles). C’est une période où il commence également à écrire.
Il habite successivement rue de Varennes, puis rue des Saints Pères à Paris.
Au café Bonaparte, Réquichot et Jean Criton rencontrent chaque semaine un petit groupe de personnes se disant Citoyens du Monde. Ils partagent avec eux les mêmes convictions (non-violence, paix entre les peuples, antimilitarisme, suppression des frontières). Ils adhèrent rapidement à ce mouvement, vendent alors le journal « Le mondialiste », collent des affiches, distribuent des tracts. (d’après le témoignage de Jean Criton).

En 1952, Réquichot peint ses premières études de bœuf, d’inspiration cubiste.
C’est l’année de son service militaire à Nancy qui enraye dans un premier temps son activité plastique, puis il obtient un atelier. Cette période est riche en lettres destinées à Jean Criton et Daniel Cordier.
En 1953-1954, sa rencontre avec Jacques Villon influence sa peinture qui se dirige vers l’abstraction. De 1953 à 1956, il collabore à la restauration de peintures murales de l’église romane d’Asnières-sur-Vègre aux côtés de Mlle Pré, conservateur de musée.
 A l’automne 1954, Réquichot participe avec les peintres Jean Criton et Dominique d’Acher à l’exposition du groupe La Frégate, à Corbeil.
Sa première exposition particulière a lieu en 1955 à Paris, à la galerie Lucien Durand. Sa palette, alors très sombre, évoque grottes ou cavernes (Au commencement, 1954). Mais bientôt Réquichot se met à expérimenter diverses techniques — " Je révisais mon alphabet ", dira-t-il plus tard —, parmi lesquelles le dessin tient une place importante : dessins à l'écriture " bouclée ", où s'organisent des formes rayonnantes, souvent assez viscérales, à partir d'innombrables et dynamiques ressorts ou spirales.
La peinture à l’huile sur toile, carton ou papier est son principal moyen d’expression : raclage de coulées de peinture épaisse, collages de fragments de toiles déjà peintes, peintures au couteau, projection de peinture. Plutôt que des pinceaux, il choisit parfois une pelle à charbon ou un couteau de boucherie trempé dans la peinture.
Il exécute également ses premières boîtes, futurs « Reliquaires », remplies de terre, d’ossements, d’agglomérats de toiles déjà peintes, d'objets et de peinture compacte aux couleurs mêlées, d'une forte densité « magique ». 
 En 1956, il réalise ses premiers dessins à spirales, à l’encre,  à la plume sur papier. Il intègre des collages de fragments de papiers à certaines peintures à l’huile.
En mars 1957, exposition personnelle à la Galerie Daniel Cordier, à Paris. À partir de la même année, Réquichot participe à  quelques expositions de groupe à Anvers, Wiesbaden, Paris.
Domicile et atelier au 8 rue de Courcelles dans un petit studio côté cour.
Systématisation de la spirale se terminant parfois par une impression d’écriture illisible. Approfondissement de la technique du collage que Réquichot nommera papiers choisis, fragments d’illustrations découpés ou déchirés dans des magazines de recettes de cuisine, ou dans La vie des bêtes. Dans ses œuvres bouillonnantes et prolifiques de 1957-1958 (la Guerre des nerfs, 1958) se mêlent les techniques du dessin à spirale, des empâtements de peinture et du collage de papiers déchirés. Il commence aussi, vers cette époque, à introduire dans ses œuvres des éléments de collages, auxquels il s'attachera presque exclusivement par la suite, réalisant, à partir de motifs découpés à un grand nombre d'exemplaires, des compositions très originales (la Moisson des fourmis buissonnières, en papier de reliure, 1958) qui prendront plus tard un caractère fortement obsessionnel.
Papiers choisis
A cette même période, il exécutait quelques grands tableaux, dont le fond blanc était griffé de traces noires presque imperceptibles. Il employait la technique originale des vibrations d’un couteau balayant la surface de la toile » d’après Daniel Cordier.
Réquichot achète une maison à Gignac  dans le Vaucluse, village voisin de Viens où ses amis Jean Criton et Dominique d’Acher étaient installés.

 En 1958, il fait la connaissance du peintre Dado à la Galerie Daniel Cordier.
En 1959, domicile et atelier dans un appartement plus grand, toujours au 8 rue de Courcelles, mais côté rue.
Utilisation de papiers de garde par cadrages choisis et encollages dont le triptyque La Moisson des Fourmis buissonnières. Réquichot se lance dans des grands formats, supérieurs à deux mètres. Il découvre des anneaux en polystyrène dont l’assemblage par dissolution lui permet d’exprimer dans l’espace ses dessins de spirales. Les anneaux de rideau en polystyrène sont trouvés au Printemps et au BHV avec l’artiste Yolande Fièvre.
Le long travail préparatoire est parfois réalisé par d’autres personnes telles que son neveu Odilon Cabat, à l’époque étudiant aux Beaux Arts.
Le dimanche, il rend souvent visite à Dado, à Courcelles-Les-Gisors et recherchent ensemble des ossements chez l’équarisseur. « L’équarrissage c’était la culmination de notre amitié » (Dado)
Il réalise de nouveaux reliquaires remplis de différents objets ( chaussures, racines, coquilles d’escargot, toiles peintes et pliées…)
Réquichot séjourne quelques mois à la clinique de Meudon-Bellevue pour dépression nerveuse.
Ramages étoilés
En 1960, il réalise sa première toile peinte, collée sur papier et mise en forme, pliée et destinée à être suspendue dans l’espace (Portrait, 1961, Paris, MNAM). Les dessins de spirales prennent petit à petit une nouvelle forme, elles s’enroulent sur elles-mêmes et « animent la surface par une lecture indifféremment et alternativement en relief ou en creux. Cette incertitude donne à ses figures un dynamisme qui vivifie leur centre compact, d’où naissent des regards obsédants » (Daniel Cordier).
Le travail d’écriture de Réquichot prend de l’ampleur, notamment par de nombreux poèmes.
Rude journée
En 1961, Réquichot participe à la Galerie Iris Clert, à une exposition collective sur le thème de 41 portraits d’Iris Clert. Réquichot réalise alors Iris Bizarre, toile pliée mise en forme et suspendue.
Apparaissent les châsses de papiers choisis, où Réquichot colle des fragments de photos de magazines formant des reliefs qui habitent une boîte.
Il achève ses sculptures en anneaux dont trois seulement sont répertoriées.
En novembre, il entreprend une série de sept lettres, en fausse écriture, chacune est titrée. Elles sont destinées à présenter sa future exposition à la Galerie Daniel Cordier.
Dans la nuit du 4 décembre 1961, quarante- huit heures avant le vernissage de son exposition, à la Galerie Daniel Cordier, Bernard Réquichot se jette par la fenêtre de son atelier et domicile.
Il  repose au cimetière du Père Lachaise.
 
L'œuvre de Bernard Réquichot, qui ne fut reconnue qu'après son suicide le 4 décembre 1961, se compose d'environ cent tableaux (huiles, « papiers choisis », « reliquaires ») et deux cents dessins (encres de Chine, collages), et l'ensemble de ses écrits (FautusJournal sans datesPoèmes) a été publié à Bruxelles en 1973. Réquichot ne jouait pas au solitaire,  il ne jouait jamais, il était,  et il ne connaissait que ce qu'il était. Il s'étonnait chaque matin de « sentir qu'il aurait pu ne pas renaître ». Et, chaque jour, il s'apercevait que « l'état, l'instant ne se retrouvent plus », que « chaque chose seulement une fois nous frappe d'étonnement, un temps plus ou moins long », qu'« aucune nostalgie ne lui rend de pouvoir ». Il adhérait littéralement à l'émotion de l'instant, qui lui était vertige et qu'il ne pouvait jamais faire revivre. 
 C'était un vrai peintre, qui croyait avec  fanatisme à la peinture et à la transmission des états qu'elle est faite pour enregistrer ; mais il poussait la lucidité jusqu'à se sentir « trop peintre », « trop emmené par la grâce de la jouissance ». Chacune de ses toiles était pour lui « une plaque sensible aux variations des tensions mentales, plaque sensible où ces tensions se fixent à l'instant de leur passage » : des fulgurances chromatiques, des barres, des nervures, des explosions, des entrecroisements et des jets d'énergie pure. Oui, cela était « abstrait », mais non à la manière des esthètes de l'abstraction qui ne songent qu'à décorer une surface vidée de toute substance humaine. Il criait, il se plaignait, il hurlait, il se dénouait, il s'arrachait, il se lançait, il se rejetait, il se broyait, il s'étalait, il se perdait, il se coinçait, enfin il s'exposait lui-même, ouvert et déchiré, à la toile vierge. La peinture était pour Réquichot une gesticulation consciente des nerfs et de la pensée, une ouverture sur le vif : son expérience intérieure n'est pas sans faire songer à Artaud, à Bataille, à toutes les consciences orageuses qui refusèrent d'embrigader l'esprit dans la ratiocination et la joliesse. Il détruisait parfois certaines toiles : « Mes créations ne sont pas faites pour être vues. À un certain degré de dignité, l'émotion néglige la communication et demande la solitude. Elle fuit le regard ou l'approche des autres ; leur appréciation, leur mépris ou leur éloge sont des intrus qui perturbent et malmènent les rouages, la genèse, la perception, l'inquiétude délicate du mental. »
 C'est dans cette « inquiétude délicate du mental » que son œuvre tout entière baigne ; c'est par elle qu'on peut prétendre y accéder, et par nulle autre voie. Peut-être est-ce là le sens occulte de ses Reliquaires, cubes de bois à une seule face ouverte, par laquelle on aperçoit, comme dans une grotte, des stalactites, des stalagmites de couleurs, des formes hybrides, tout un univers en gestation et qui refuse de voir le jour. L'inquiétude du mental y est captée et s'y accroche.
http://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-requichot/ 
 http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/R%C3%A9quichot/154077

A visiter :
Trace


Extrait de « Les Ecrits de Bernard Réquichot » 1973 (chapitre - Journal sans date)
… Des peintures, j’en ai détruites car elles étaient trop belles. Je craignais d’être victime en  les  voyant d’une aberration ; cette aberration merveilleuse et troublante me semblait trop grave, trop secrète pour être montrée sans impudeur : ce qui nous touche de très près ne peut devenir public sans profanation. Je pensais que personne ne verrait dans ces choses que j’avais faites ce que j’y avais trouvé ; qu’on l’y vît, du reste, n’était pas capital, que l’on comprît, qu’on imaginât n’était pas ce qu’il me fallait. Il fallait qu’on fût pris du même vertige, de la même inquiétude d’illusion et même que l’on comprît qu’un regard indiqué était peut-être coupable. Or comment savoir ce qui se passe dans la tête d’un spectateur, lorsqu’il semble admirer et qu’il paraît ému ? A-t-il vraiment éprouvé la même chose que moi ? La réelle exactitude de la coïncidence de son esprit avec le mien me paraissait invérifiable, donc très douteuse. Je gardais pourtant certains travaux faits dans ces impressions de perplexité ; je les gardais simplement pour moi, ne les montrant pas, refoulant l’espérance trop improbable de trancher l’esprit d’un autre, de la même façon que le mien avait été atteint, le plus beau ayant quelque chose d’immontrable. Mon inquiétude avait aussi d’autres causes, la beauté des travaux que je faisais me semblait si visible que je craignais leur ressemblance avec certaines œuvres anciennes de mes admirations. Entre Dürer et telle de mes nouvelles trouvailles, il n’y avait parfois à mes yeux aucune différence. Cette surprise n’était pas pour moi une joie, mais une nouvelle cause de tourment. Etais-je victime d’une auto-suggestion ? Si j’en avais été certain j’aurais été tranquillisé, j’aurais pu continuer mes essais sans la menace de recommencer le passé…

Atelier rue de Courcelles 1961

 Nekonk tanten tank mana 1959-61

foret detail






                                                                    

dimanche 19 février 2012

Roberto Kusterle

Le photographe Roberto Kusterle est né à Gorizia en Italie en 1948.
Ses monochromes sont étranges et empreints d'une forte charge symbolique, univers mystérieux et ambivalent que n'aurait pas renié Lewis Carroll et qui n'est pas sans évoquer parfois les images du chef-d'œuvre d'Andreï Tarkovski, 'Le miroir', film où chaque plan est conçu comme un tableau, indéfinissables reflets du subconscient.
"Tout ce que nous voyons cache quelque chose d'autre", écrivait Magritte.

La photo, celle du « renard musicien », m'évoque curieusement "La cicatrice intérieure", film de Philippe Garrel sorti en 1972, sorte d'apologie de la virginité et des origines du monde, qui mettait en scène la blancheur (celle des chevaux, celle des vêtements du petit Balthazar Clémenti ou de la tenue de Christian Aaron Boulogne, de la neige et de la glace, la blancheur de la peau de Pierre Clémenti et de celle de Nico...) mais qui surtout exaltait les éléments de la nature, l’eau, l’air, la terre...
Qui se souvient de la chanson du petit chevalier !?


 
Depuis les années soixante, Roberto Kusterle travaille dans le domaine des arts visuels, se consacrant à des œuvres de peinture et d'installation. Depuis 1988, son intérêt pour la photographie est devenu son principal moyen d’expression. Il vit et travaille à Gorizia 















 « Pour ses images, le photographe italien Roberto Kusterle n’utilise aucun artifice. L’univers qu’il crée est étrange, onirique. Ses mises en scènes s’immergent dans un monde proche du conte et des mythes où humains, animaux et minéraux se rapprochent dans une métamorphose poétique. »





A visiter:
http://elisandre-librairie-oeuvre-au-noir.blogspot.com/

http://www.abocaforecology.com/arte_en/kusterle.aspx

http://scriiipt.com/2011/08/inspi-les-photographies-de-roberto-kusterle/












dimanche 29 janvier 2012

Asger Jorn


Asger Jorn (Asger Oluf Jørgensen) est né le 3 mars 1914 à Vejrum  dans le Jutland-Central. C’est un peintre danois.
En 1936, à l'âge de vingt-deux ans, il part pour Paris à moto dans l'idée d'étudier auprès de Vassily Kandinsky. Jorn est alors déjà en possession d'une solide culture scientifique et philosophique. Il s'inscrit finalement à l'Académie contemporaine de Fernand Léger et se tourne vers la peinture abstraite. Puis assiste Le Corbusier dans la décoration du pavillon des Temps Nouveaux de l’Exposition Universelle. Les premières œuvres de Jorn, dans les années 1930, en sont nettement inspirées ainsi que par le contexte français. Mais déjà on reconnaît l'expression originale de l'artiste Pendant l'occupation nazie au Danemark, Jorn est communiste actif dans la résistance et participa au groupe artistique HØst. Il peint à cette période des toiles qui sont influencées par  James Ensor, Vassily Kandinsky, Paul Klee ou Joan Miró.
Ainsi on s'Ensor
 Il collabore à la revue « Helhesten ». Il rédige également un essai théorique, Banalités intimes, dans lequel il déclare que le kitsch est l'art de l'avenir.
La première exposition personnelle d’Asger Jorn est organisée à Copenhague (Danemark, 1938).
Dans l’immédiat après-guerre, sous le nom d’Asger Jorn, il participe à tous les mouvements d’avant-garde.
 Il fut l'un des membres fondateurs du mouvement CoBrA (1948 à 1952), né en réaction à la querelle entre abstraction et figuration. Il en sera le théoricien.
Le mouvement CoBrA lui apporte une nouvelle liberté qui le pousse vers l'abstraction, souvent violemment expressive.


Pauvre et malade, il retourne vivre au Danemark en 1951. Il commence un travail intensif sur la céramique en 1953.
Entre 1951 et 1953, Jorn réalise poèmes et essais sur l’art.
Jorn s’installe à Albisola (Italie) en 1954.








Après la fin de l'occupation, les possibilités de libre pensée critique dans les milieux communistes deviennent limitées, à cause de l'autorité politique, plus centralisée. Face au Stalinisme Jorn rompt avec le Parti communiste danois tout en continuant, jusqu'à la fin de sa vie, à se déclarer communiste.
En 1954, Jorn rencontre Guy Debord, dont il partage les idées révolutionnaires, et participe trois ans plus tard à la formation de l'Internationale Situationniste.
 Dans ce contexte il met en pratique ses connaissances scientifiques pour développer ce qu'il nomme la technique «situlogique ». Pour Asger Jorn, art et politique sont liés dans le situationnisme, dont il applique les principes alternatifs à sa peinture.
Il motive la fusion du MIBI (mouvement international pour le Bauhaus imaginiste qu'il avait fondé en 1953 avec Enrico Bay, en réponse à la création de l’école d’arts appliqués d’Ulm (Hochschule für Gestaltung) par Max Bill, de l’Internationale lettriste et du Comité psychogéographique de Londres, en un seul mouvement unifié : l'Internationale situationniste en 1957.
En 1959 et en 1962, Jorn produisit deux grandes suites de peintures détournées : les Modifications (1959) et les Nouvelles défigurations (1962). Dans les deux cas, il s'agissait de tableaux quelconques, paysages ou portraits, des œuvres trouvées sur les marchés repeints à même la surface, et à sa manière. Chaque tableau, réinterprété picturalement dans sa singularité expressive et signifiante, était relancé par la modification (détournement) de sa valeur intrinsèque.

Ces modifications relevaient tout autant du détournement tel qu'il fut avancé par les situationnistes que d'une critique centrale du caractère limité de l'activité artistique moderne dans les nouvelles conditions sociales du capitalisme triomphant de la fin des années 1950 et du début des années 1960.
À l'occasion de leur exposition, à Paris en 1959, il écrit dans le catalogue un petit manifeste iconoclaste qui témoigne à la fois de son sens de l'ironie acidulée et de son humour infaillible : « Soyez modernes, collectionneurs, musées. Si vous avez des peintures anciennes, ne désespérez pas. Gardez vos souvenirs mais détournez-les pour qu'ils correspondent à votre époque. Pourquoi rejeter l'ancien si on peut le moderniser avec quelques traits de pinceau ? Ça jette de l'actualité sur votre vieille culture. Soyez à la page, et distingués du même coup. La peinture, c'est fini. Autant donner le coup de grâce. Détournez. Vive la peinture ! »

 Autant donner le coup de grâce. Détournez. Vive la peinture ! »
Il réalisera par la suite un ensemble de « drippings », puis, à partir de 1964, une série de « Décollages » dans lesquels apparaissent des personnages aux formes simplifiées.
En 1961, il quitte l'IS pour fonder l’Institut scandinave de vandalisme comparé (voir La Langue verte et la Cuite, avec Noël Arnaud, qui lui a valu d'être nommé Commandeur Exquis de l’Ordre de la Grande Gidouille. En réalité, après 1961, Asger Jorn continue à collaborer à l'IS pendant encore un an, sous le pseudonyme de George Keller (Raspaud et Voyer, L'Internationale Situationniste, Protagonistes, Chronologie, Bibliographie (avec un index des noms insultés), Champ Libre, 1972). Son système philosophique, ou Triolectique, a donné naissance à une manifestation pratique par le développement du football à trois côtés.






 Hostile à toute forme d'autorité, l'artiste reçoit en 1964 le prix Guggenheim, assorti d'une belle somme. Ce à quoi il répond par un télégramme outré : « allez en enfer — refuse le prix — ne l'ai jamais demandé — indécent de mêler un artiste à votre publicité contre sa volonté — je veux la confirmation publique que je n'ai pas participé à votre jeu ridicule »... Ce refus du prix Guggenheim aura un fort retentissement international.
Par ailleurs, Jorn réalise travaux de céramique, collages, puis en 1964 décollages et papiers déchirés et recollés ensuite. Après s’être passionné pour la photographie scandinave et avoir monté une collection de photos, il entame en 1966 une nouvelle phase de création picturale importante.



La luxure lucide de l'hyperesthésie




Asger Jorn a également réalisé de très nombreux dessins. Entre 1957 et 1972, il en donna plus de cinq cents au Musée de Silkeborg au Danemark, qui conserve le fonds le plus important de son œuvre.
C'est à partir de cette collection qu'un ensemble d'environ cent dessins a été sélectionné pour constituer la première exposition personnelle de Jorn dans un musée parisien depuis 1978.
Ces toiles sont souvent provocantes, ce qui est en partie à l'origine du débat sur la bonne et la mauvaise peinture.
L'art d'Asger Jorn est essentiellement spontané, dynamique et coloré. Son art figuratif, d'une grande intensité expressive, est marqué par la mythologie scandinave et son bestiaire fantastique.



Le canard inquiétant

Grâce à une œuvre éclectique et à un certain caractère, Asger Jorn est l'un des artistes qui représentent la contribution du Danemark à l’histoire de l’art du XXe siècle.
Asger Jorn est mort le 1er mai 1973 à Aarhus au Danemark à l'âge de cinquante-neuf ans. Il est le frère de  JØrgen Nash.
Le musée Jorn se situe à Silkeborg, dans lequel Asger Jorn a créé un département d'art contemporain et auquel il a laissé une importante collection. Ses œuvres sont aussi présentes dans tous les grands musées d'art moderne de la planète mais aussi dans certains grands musées danois.
http://www.evene.fr/celebre/biographie/asger-jorn-30958.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Asger_Jorn
http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpositions/F347EEEC8BEA4378C12574EA003003DF?OpenDocument&sessionM=2.2.1&L=1
http://arts.fluctuat.net/asger-jorn-2.html
http://www.registre-des-arts.com/peinture/asger-jorn-1914/

Asger Jorn à Silkeborg 1953
Asger Jorn devant sa maison sur la petite île danoise de Læsø, 1968
Nouvelles Défigurations 


Le droit de l'aigle
A visiter:
http://lepoignardsubtil.hautetfort.com/archive/2009/01/11/asger-jorn-au-centre-beaubourg.html
http://www.mchampetier.com/biographie-Asger-Jorn.html
http://www.lefigaro.fr/culture/2009/02/10/03004-20090210ARTFIG00363-asger-jorn-l-artiste-a-vif-venu-du-froid-.php
http://raw.marz-chew.fr/2008/03/asger-jorn-lunivers-dun-cobra.html
http://espacetrevisse.e-monsite.com/pages/autres-artistes/cobra.html
http://debord-encore.blogspot.com/2010/04/asger-jorn-1914-1973-cofondateur-du.html
http://users.skynet.be/bk212103/asger_jorn.html


Les 3 sages 1955
Mine de rien ou presque
Sine Domine 1958
Spadommen 1951
la rammsmatteur invincible (1964), via Galerie Birch
Untitled (1956-57), via The Solomon R. Guggenheim Museum
visite importune (1956), via Museum Jorn
Asger Jorn, Superiorita Disordinatam, 1966. Acryl auf Papier und Leinwand
Asger Jorn; Lustige Vorgänge, 19571958 ( http://kultur-online.net/ )